Chapitre I
La conseillère qui pouffe
J'ai quinze ans. Je suis en seconde. C'est mon premier rendez-vous avec la conseillère d'orientation du lycée.
Je m'assois face à elle. Elle me demande ce que je veux faire plus tard. Je réponds sans hésiter : journaliste. Je veux raconter des histoires. Donner la parole aux gens. Être à la télé.
Elle pouffe.
Pas un sourire gêné. Un vrai pouffement. Puis elle m'assure que je n'y arriverai jamais.
Je suis ressorti de ce bureau avec une boule dans la gorge. Et une rage silencieuse.
La morale
Ne laisse jamais quelqu'un décider de ce qui est possible pour toi. Surtout pas quelqu'un qui ne te connaît pas.
Chapitre II
Les faux commentaires de papa
J'ai vingt-quatre ans. Je présente une émission sur une web-télévision qui n'existe plus. Ça s'appelle « Libres Courts ». Je mets en lumière des courts-métrages et leurs réalisateurs.
Les audiences sont très modestes. Mais chaque mois, je reçois des dizaines de commentaires encourageants. Des gens qui saluent le concept. Qui aiment mon style de présentation. Ça me fait un bien fou.
Un jour, je découvre la vérité.
Tous ces commentaires. Tous. C'est mon père qui les écrit. Avec de faux noms.
C'est très mignon. Mais terriblement gênant.
La morale
L'amour d'un père peut être maladroit. Mais il porte. Même quand personne d'autre ne regarde.
Chapitre III
Le manager qui m'a fait pleurer
J'ai vingt-six ans. Je viens d'être nommé chef du pôle audiovisuel d'un groupe de presse économique.
Mon supérieur digère très mal ma nomination. Un jour, il me convoque en tête-à-tête. Il ferme la porte. Et là, il hurle. Il me rabaisse. Il m'humilie.
Je pleure. De colère. De ne pas pouvoir me défendre.
Quelques semaines plus tard, à la cantine, devant les autres salariés, il me lance : « Tu te souviens quand je t'ai fait pleurer ? Hahaha, c'était marrant. »
Je n'ai rien répondu.
La morale
L'humiliation subie ne définit pas ta valeur. Elle définit celle de l'autre.
Chapitre IV
Le matin où j'ai perdu les mots
Décembre 2023. Quelques jours avant mes quarante ans.
Je me suis séparé de la mère de mes enfants. Je me suis fracturé la clavicule. J'ai déménagé et je gère la garde alternée de mes deux garçons. J'accepte tout le travail qu'on me propose pour payer le loyer.
Cette nuit-là, violents maux de tête. Désorientation. Nausées.
Au réveil, je ne parle plus correctement.
Pendant plus de vingt-quatre heures, je mélange les mots, les sons, les syllabes. Mes propos sont incohérents. Je n'arrive plus à tenir debout. Je n'arrive plus à formuler des phrases simples.
Diagnostic : Accident Ischémique Transitoire. Le petit frère de l'AVC.
Moi qui vis par les mots. Par la voix. Par la parole. Je me suis demandé : que vais-je faire de ma vie si je ne peux plus m'exprimer ?
Puis c'est revenu. Lentement.
La morale
Le corps parle quand on refuse de l'écouter. Et parfois, il crie.
Chapitre V
Le sommet du Toubkal
Cinq mois après l'accident cérébral. Pas de sport depuis près d'un an et demi. L'épaule toujours en rémission.
Je décide de gravir le mont Toubkal au Maroc. 4167 mètres d'altitude.
Je ne pouvais pas laisser la vie me mettre à genoux. Alors je suis allé la provoquer en duel.
L'ascension a été difficile. Le souffle court. Les jambes lourdes. Le doute à chaque pas.
Mais quand je suis arrivé au sommet, j'ai su. J'ai su que j'avais remporté une belle victoire. Pas contre la montagne. Contre moi-même.
La morale
Après la chute, il faut se relever en visant plus haut. Pas pour prouver aux autres. Pour se prouver à soi.